Expositions « Instincts. Same but different » de Cristina Dias De Magalhães et « empty emptiness » de Trixi Weis

CENTRE D’ART NEI LIICHT 16/01 – 21/02

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CRISTINA DIAS DE MAGALHÃES, Instincts Adventure 2020 © CRISTINA DIAS DE MAGALHÃES

Expositions « Instincts. Same but different » de Cristina Dias De Magalhães et « empty emptiness » de Trixi Weis au CENTRE D’ART NEI LIICHT 16/01 – 21/02

Critique de Christian Gattinoni Membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art,rédacteur en chef de la revue en ligne www.lacritique.org:

Une ronde pour apprivoiser leur mondeCristina Dias de Magalhães a cessé d’interposer son dos entre nous et le monde sensible. Sa mise en corps (à travers la mise en scène intimiste d’Embody) l’a faite mère, elle crée maintenant à hauteur de ses jumelles, Victoria et Helena. Toujours le truchement de la nature lui permet d’aborder plus sensiblement son environnement, mais d’une série à l’autre elle a abandonné le règne végétal des arbres et feuillages et leurs ombres portées pour confier à l’animal le rôle de médiateur. A la première étude de ces images j’ai pensé diorama. Et le texte de l’auteure m’a orienté vers son lieu favori de prises de vues le Muséum d’Histoire Naturelle de Genève. L’une des institutions de cet ordre où les dioramas sont les plus nombreux. Ceux-ci concernaient d’abord exclusivement la faune régionale suisse et depuis les années 1990 se sont élargis aux animaux de tous les continents.

Faut-il rappeler que notre artiste se place ainsi dans la postérité des inventeurs du diorama, un certain peintre oublié Charles Marie Bouton et Louis Jacques Mandé Daguerre qui se consacrent en 1822 aux illusions et jeux de lumière de ces ancêtres de l’installation, dix-sept ans avant l’invention officielle de la photographie. Cette animalité du diorama reste liée aujourd’hui à l’univers de l’enfance, en dehors des institutions muséales on y est confronté dans les parcs d’attractions, les biodômes, les modèles réduits et les livres pop-up. Dans la notice du lieu on rappelle que la mascotte du Muséum est une tortue grecque bicéphale nommée Janus en référence au dieu antique. Cette tortue à deux têtes née en 1997 dans les couveuses de l’institution bat un record de longévité. Les jumelles ont aujourd’hui quatre ans, elles adorent rendre visite aux autres animaux naturalisés qui sont aussi fréquemment sujets à la photographie maternelle qu’elles deux. Tenderness, 2020 Dans l’ensemble des diptyques le face à face se joue en pleine égalité à hauteur d’oeil d’enfant. Le cadre est toujours serré, dans une distance d’intimité ludique. Dans les dioramas l’animal fait souvent face au public ou est installé selon son meilleur profil. Cela donne lieu à des confrontations où tel oiseau semble porter une attention de grand frère aux deux petites, un lièvre assiste curieux aux effusions de tendresse entre mère et fille, lui répondent les longues oreilles d’un doudou en peluche. Les conventions photo du portrait s’appliquent au règne animal, tandis que les jumelles sont surprises au vif des gros plans de leur gestuelle, dans les figures d’une ronde toujours réitérée, jamais dans la pleine lumière de leur visage.

Entre le corps des bêtes naturalisées et celui saisi au vif des deux petites un troisième corpus remet en jeu les dessins des enfants. Là encore Cristina se positionne dans une tradition artistique celle qui remonte aux créateurs avant-gardistes de l’almanach du Blaue Reiter, publié à Munich en 1912. Les premiers, ils y collectionnent et publient des dessins d’enfants. Son plus connu représentant Paul Klee intègre ses propres premiers dessins au catalogue de son oeuvre, en excluant les commandes scolaires ou ses productions d’étudiant. Kandinsky considère l’art enfantin comme une expression intuitive directe de l’essence intérieure des choses. Cristina, quant à elle, place sa série sous le règne de la domination renouvelée de l’instinct. Playground, 2020 En 1919, Max Ernst organise une exposition dada à Cologne, où il accroche à côté de ses œuvres et de celles d’artistes d’avant-garde, dessins d’enfants, objets trouvés et productions de personnes prétendument aliénées. Cristina sous-titre sa série Same but different, ce qui bien entendu doit s’entendre dans le développement de ses deux filles. Plus proche de nous l’essentiel des études sur le dessin d’enfant s’inscrit dans une dimension psychologique ou psychopédagogique, il y est considéré d’abord comme un mode de perception. Pour l’artiste, cette fascination des formes tracées sans contrainte, de leurs traits vifs comme de leurs couleurs sans calcul n’a rien à faire de la psychologie, aussi subtile soit son analyse.

Si dans l’exigence de sa démarche l’artiste accepte cependant que la psychologie parle de besoin de différence, la seconde partie du titre de la série avance que devenir soi-même suppose pour chacune de ses filles de s’affirmer différente de sa co-jumelle. Parallèlement quand la sociologie emploie le terme « normes de différenciation » cela peut apparaître comme un programme qui se révèle dans la complexité de l’accrochage. L’histoire se construit dans le montage quasi cinématographique des diptyques qui se répondent d’une salle à l’autre. Quelques images en dos bleu directement collées sur le mur redonnent un peu d’espace pour une fuite jouée sur le mode un deux trois soleil et photo. Pour qu’elle trouve ses échos complets dans le réel de la famille, une des premières salles installe la figure masculine du père. Et en écho la dernière salle met au centre les deux mains si parlantes de Noémie, la petite dernière. Les salles à dimension humaine de Nei Liicht semblent résonner des échos lointains d’une comptine rythmant cette ronde follement joyeuse à la découverte de l’univers.

Christian Gattinoni Membre de l’Association Internationale des Critiques d’Art,rédacteur en chef de la revue en ligne www.lacritique.org

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